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 vers une architecture des banlieues dans les centres-villes

30/9/2008

Vers une architecture des banlieues dans les centres-villes
Mis en ligne le 26/01/2008
par Benkoula Sidi Mohamed El Habib * Le Quotidien d’Oran.
Il apparaît que les représentations de la ville s’embrouillent, les images ne convergent pas vers un modèle standard déclaré tel qu’issu de l’histoire et de son long pétrissage.

Nous pouvons supposer que ce phénomène trouve une part significative dans le fait que l’urbain échappe à la raison sociale ; dans les pays où les survivances des dictatures militaires et idéologiques continuent à faire autorité, l’urbanisme est orienté, dirigé par les stratégies des politiques qui ne sont pas, et il faut absolument le dire, nécessairement cohérentes ni suffisamment ajustées pour répondre à une réelle demande.

 


Depuis les années 1950, le choix de la modernité est fondé sur une volonté supra-sociale, celle du désir de l’élite politique, forcée ou intéressée d’entrer dans la modernité et, par ce fait-là, de se rallier à un choix universellement collectif qui n’est selon Ieoh Ming Pei, qu’une américanisation du monde, c’est-à-dire une forme de domination de la loi du plus fort.

Toujours en ce sens-là, si la loi du diktat oblige, la démocratie s’impose aussi. Les méthodes sont les mêmes, mais les moyens d’expression ne le sont pas.

Il en ressort par là que l’environnement dans lequel nous vivons est particulièrement le reflet du politique, et le social suit. Ne dit-on pas que les peuples sont à l’image de leurs dirigeants ?

Il se trouve que l’architectural et l’urbain n’échappent pas à cette règle. Croire que les pyramides ont été construites pour le petit peuple est une grave erreur, penser que la cité grecque était démocrate et juste, l’est encore plus.

Chaque période de l’histoire de l’humanité a cherché à inventer, voire à provoquer sa propre glorification.

Certains groupes l’ont façonnée dans la suprématie des religions qu’ils ont placées dans les centralités urbaines, d’autres dans la diffusion des idéologies dogmatiques, d’autres dans la confusion des pouvoirs ou leur domination, d’autres dans l’anarchie et le déplacement, voire la permutation des symboliques.

Notre période est, disons-le comme ça, celle du déficit dans l’espace public, des identités représentées telles que produit de l’histoire. Elle est le point culminant des crises identitaires, accentuées par un discours sans équivalent dans l’histoire de l’humanité sur l’absence des repères.

A ce titre, certains Etats n’hésitent pas à investir l’espace architectural par son idéologisation en vue de renforcer, conforter les populations complexes culturellement et socialement dans une identité commune, relativement nationale.

D’autre part, il n’échappe guère à personne que le vingtième siècle est le berceau de la cacophonie.

A titre d’exemple, le mythe du renfermé ne fait plus légion, la masse, l’opaque, a laissé place à l’ère de l’immatériel intello ; nous sommes quasiment passés de l’ère de l’inaccessible à l’ère du ...tout accessible... mais tout confus.

Quand les principes de l’architecture et de l’urbanisme modernes entrent dans la ville classique

Les grandes boîtes de verre ne sont pas tellement différentes des barres de l’urbanisme modernes.

Le résultat, ce sont des projets médiocres comme les futures halles de David Mangin, où il n’est pas du tout question selon nous d’architecture. Le souci de la lumière naturelle est prépondérant, il dépasse toute imagination rationnelle notamment pour ce qui concerne l’architecture dite contemporaine, laquelle est spécifiée par l’importante présence du verre. L’évidence de ce matériau et d’une certaine vulgarisation de la transparence, repose la question de l’architecture dans un environnement marqué d’architectures monumentales, celles-ci font partie des valeurs essentielles à l’identité représentative de Paris. Ainsi, ce projet nous semble opérer une rupture criminelle dans le tissu classique de Paris intra-muros. Ni l’enveloppe ni l’échelle du projet ne correspondent à la composition urbaine en terme d’architecture du quartier. Le projet de David Mangin donne une étrange impression de lourdeur, de disproportion par rapport aux bâtiments qui l’entourent et n’apporte, surtout, absolument rien d’exceptionnel en terme de création architecturale. Les immeubles avoisinants possèdent une capacité irréfutable de converser, d’accompagner les citadins dans leurs courses, flâneries ou virées dans cette formidable ville qu’est Paris.

Les Halles futures sont amenées dans leur version proposée à fonctionner comme un immense observatoire de l’espace. L’effet de surprise n’existe pas dans ce projet, on ne découvre pas plus qu’on est à découvert à l’intérieur de cette gigantesque peau de verre aux aspects Boffiliens.

D’autre part, le discours élaboré par l’architecte Mangin autour de ce projet est celui des échelles urbaines et des modes de leur articulation, du lien établi entre les points vitaux qui régissent la quotidienneté urbaine autour et dans les Halles et l’impact que ce point nodal de réseau de transports continue à exercer sur l’ensemble de l’Ile-de-France. Il est à déplorer que ce discours dépasse de loin la qualité du projet et ne met pas suffisamment en valeur le discours des concordances et des coordinations des styles architecturaux en matière de composition urbaine sans tomber forcément dans le pastiche, chose que Norman Foster a réussi dans de nombreux projets à merveille. L’autre réflexion consiste à dire que finalement ce projet est un morceau de banlieue qui atterrit en plein centre-ville, car comme la banlieue, nous semble-t-il, qui est plus urbaine qu’architecture, il se réalise dans l’improvisation paternaliste, le mépris de l’existant et de l’habitant puisqu’il impose ses propres choix et se refuse à l’idée de la spontanéité, une qualité qui confère à la ville de Paris toute son originalité et toute sa splendeur ; ce que les villes modernes semblent avoir définitivement perdu.

En d’autres termes, le désastre qui culmine autour des futures halles et des enjeux urbains et architecturaux qu’elles posent, sont pratiquement du même ordre que ce qu’Eric Hazan note pour ce qui concerne la triste destinée des halles des années 1970. Cet auteur écrit qu’ « une fois prise la décision de transférer les halles à Rungis, le désastre était écrit. Dans les années 1960-1970, l’architecture française était au plus bas [et elle l’est encore à ce jour]. Les grandes commandes allaient aux membres de l’Institut, auxquels on doit - entre autres - l’immeuble administratif du boulevard Morland et sa pergola, le palais des Congrès de la porte Maillot, la tour Montparnasse, la maison de la Radio et la faculté des Sciences de Jussieu. Et dans un néfaste effet de ciseau, la corruption, la collusion au sein des sociétés d’économie mixte entre les promoteurs et les truands du gaullisme parisien étaient au plus haut. On ne se contenta donc pas d’abattre les pavillons de Baltard : pour rentabiliser l’opération la destruction s’étendit largement aux alentours. La pointe entre la rue de Turbigo et ce qui reste de la rue Rambuteau, toute la région entre feu la rue Berger et la rue de la Ferronnerie, furent remplacées par des hôtels et des immeubles de bureaux d’une laideur agressive qu’il faut aller loin, au fond du quartier Italie ou sur le Front de Seine, pour en trouver l’équivalent, et encore. Les « jardins » sur l’emplacement des halles montrent eux aussi à quelle décrépitude de leur art en étaient arrivés les paysagistes français.

Cernés de rues mutilées, affublés de la pire panoplie du postmodernisme, ces « espaces » transforment les vieux itinéraires parisiens en parcours du combattant grâce à un dispositif complexe de barrières métalliques, de colonnes d’aération, de passerelles surplombant des fosses où végètent de misérables plantations, d’orifices de voies souterraines, de fontaines où flottent des canettes vides.

Quant au centre commercial souterrain auquel a été attribué le noble nom de forum, le plus étonnant est que son auteur soit encore classé parmi les architectes. Mais l’ensemble est si mal construit, avec des matériaux pauvres, que sa ruine prochaine est inéluctable. On peut même dire qu’elle a déjà commencé » (1). A méditer cette citation par rapport au projet de Mangin qui est dix fois plus horrible et insignifiant.

Passéisme ou nostalgie ou recherche d’une identité urbaine face à la cacophonie des banlieues et des projets de banlieues en pleins centres-villes

Nous sommes conscients du fait que cette déclaration peut être facilement et simplement taxée de passéiste, mais la nouveauté dans ce jugement est le passéisme dans l’espace de l’urbanisme et de l’architecture modernes et la nécessité de procéder à une catégorisation affinée des types d’architecture à projeter en raison du verre qui semble jouer un rôle déterminant dans ce qui est qualifié depuis les début du XXIème siècle d’architecture contemporaine. A ce niveau, il peut en ressortir que l’intervention de l’architecture moderne dans un tissu classique n’est pas plus facile que d’intervenir dans un tissu marqué par l’éparpillement des objets et la cacophonie des langages architecturaux, nous conduisant même à conclure de manière hâtive que ce que nous semblons appeler urbanisme moderne n’est en fin de compte qu’une gestation de tâtonnement architectural, une invitation à la décomposition urbaine, une avancée dans un champ miné, où la notion de repère est perdue devant le risque de danger éminent de ne pas savoir effectuer le geste qu’il faut.

La question est bien plus grave que ça, car c’est la nature des villes mêmes, plus particulièrement dans les banlieues, qui est remise en cause ; le choc résultant du passage de la ville ancienne à ce que nous appellerons pour l’instant la ville nouvelle est déstabilisant par rapport à l’image globale de la ville. En ce sens, Paris est Paris tant que la composition de la ville est plus ou moins cohérente et qu’elle offre des critères d’harmonie paysagère, la transition se fait sentir quand le tissu urbain commence à se déchirer, à se décomposer, à présenter des paysages déchiquetés, entrecoupés, hachés, saccadés, irréguliers et indescriptibles parce que difficilement illisibles, posant par ce fait la question de la pertinence d’usage de l’expression tissu urbain. En ce sens, Philippe Panerai constate que « la Charte d’Athènes consacre théoriquement l’éclatement du tissu urbain, la perte de cohésion de ses parties, l’autonomie du bâtiment et de la voirie. A partir de ce constat, la production urbanistique du mouvement moderne peut-elle encore s’analyser en terme de tissu urbain ? Ou à l’inverse, la notion de tissu urbain est-elle suffisamment extensive pour rendre compte de la production du mouvement moderne ? » (2).

C’est là où une véritable problématique prend forme, celle de cette relation de lien ou de non-lien qui s’établit entre l’ancien et le nouveau et les impacts que peuvent exercer l’un sur l’autre, et donc les possibilités de naissance d’un paysage d’interface. En d’autres termes, nous sommes obsédés par la psychose qui nous accompagne lors de nos périples villes-centres/banlieues. A des degrés variés, nous avons peur de la rupture, du changement paysager, du dépaysement notamment par l’effet de la psychose médiatique. Cette peur n’épargne pas des quartiers urbains des villes centres, où la projection de projets dits contemporains opère la création d’un véritable phénomène d’étrangéité. L’analyse de rues hétéroclites n’insiste pas suffisamment sur l’étude des clichés intermédiaires capables d’altérer le simple passage entre deux compositions ou constructions paysagères complètement différentes. En ce sens, quoi qu’on en dise, le projet des futures halles de Mangin représente un véritable échec, un échec en terme de composition, et un échec en terme d’intégration paysagère.


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* Architecte-Docteur en urbanisme.

(1) Hazan (Eric), L’invention de Paris, Il n’y a pas de pas perdus, Editions du Seuil, 2002, p. 66-67.

(2) Panerai (Philippe), Depaule (Jean-Charles), Demorgon (Marcelle), Analyse urbaine, Editions Parenthèses, Marseille, 1999, p. 93.

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