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 Une nouvelle approche pour améliorer les paysages urbains

1/4/2009

Une nouvelle approche pour améliorer les paysages urbains

C’est parce que la santé des habitants dépendait de celle de leurs villes, que les grandes cités ont été la marque de sociétés qui réussissaient, tout au long de l’histoire et qu’aujourd’hui, nos responsables politiques doivent faire en sorte que nos villes soient fortes et saines, car c’est la façon dont elles seront planifiées et gérées qui décidera si notre avenir collectif sera brillant et durable ou au contraire brutal et chaotique.

 

Même si l’avenir de l’humanité dépend de celui de ses villes, notre expérience dans le domaine de gestion et d’aménagement urbain reste très en deçà de ce que font nos voisins méditerranéens, car dans notre processus de production des milieux urbains, nos projets sont ponctuels, sans aucune articulation et souvent sans cohérence avec un schéma d’ensemble de nos milieux urbains. Car nos responsables locaux, nos maires et nos walis ont pris l’habitude de travailler avec l’absence de planification réelle et d’étude préalable des impacts des plans d’urbanisme et paysagers. Comme actuellement, nos projets urbains génèrent des incohérences aux multiples incidences paysagères, urbanistiques, architecturales, sociales, économiques, écologiques et politiques, notre Algérie vit une crise urbaine sévère et voit la détérioration du cadre de vie de ses citoyens accroître, au point que tous les indicateurs urbanistiques de nos milieux urbains sont au rouge, par la faute de certains responsables, qui n’arrivent pas à mettre en place une politique adéquate en la matière et qui vise à faire adhérer tout le monde au respect des normes d’améliorations urbaines et à l’entretien du milieu dans lequel nous évoluons. Ce n’est que parce que nos villes continuent à connaître des insuffisances en matière d’aménagement urbain, malgré tout les programmes déployés par notre pays, que notre président de la République, Abdelaziz Bouteflika, après avoir affirmé, lors de la dernière rencontre gouvernement-walis, que nos villes sont très moches, à l’exception de Aïn Témouchent, a insisté qu’il est indispensable de créer un nouveau système de gestion urbaine dans notre pays, qui consacrera le principe de l’unité de la ville et qui lui garantira une unité de gestion et l’aménagement de son espace, ainsi que son développement dans la perspective d’une amélioration plus nette et plus large des conditions et du cadre de vie de nos citoyens.

Contourner la médiocrité

Puisque le tourisme urbain s’intègre dans une stratégie globale de la ville comme un facteur de promotion des milieux urbains et se caractérise par un tourisme d’affaires, d’agrément et événementiel, les compétences de notre pays, spécialisées en aménagement des milieux urbains, doivent participer à la réussite du programme d’embellissement de l’ensemble de nos villes et villages, afin de les hisser à un niveau de standard touristique international, car pour réussir le programme de développement durable du tourisme dans notre pays, il faut que nos visiteurs soient aussi bien attirés par nos petites agglomérations que par nos grandes villes, car c’est dans les terroirs que les touristes trouveront leurs repos et leurs détentes. Le ministre délégué chargé de la Ville a précisé, lors du débat sur le texte de la loi d’orientation relative à la ville, que « 33 millions d’habitants sur les 41 millions d’Algériens seront concentrés dans les villes à l’horizon 2025 » et le ministre de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement, qui a préconisé une multitude d’actions visant, d’une part, à améliorer le cadre de vie des citoyens en milieux urbains et d’autre part, à alléger les villes du poids de la surpopulation, estime que si en 1965, notre pays dénombrait quelque 95 villes, aujourd’hui, il en compte environ 500. Un rapport sur la gestion des villes et l’amélioration urbaine a été adopté suite à la rencontre gouvernement-walis du mois de juin 2006. Ce rapport recommandait l’éradication de plus de 400 000 bidonvilles sur l’échelle nationale et l’accélération de l’expertise technique décidée pour les villes d’Alger, d’Oran, de Constantine et d’Annaba. Le document avait aussi suggéré la réalisation d’un programme d’embellissement destiné à hisser Alger à un niveau de standard international, car la ville d’Alger a été considérée par une étude britannique, réalisée par un bureau de recherche spécialisé, en l’occurrence The Economist Intelligence Unit, parmi les plus mauvaises destinations de la planète, tant pour les touristes que pour les investisseurs ou les étrangers désireux de s’y établir, malgré qu’elle avait une place très désirée au xvie siècle lorsque Hassan El Wazzan, dit Léon l’Africain, l’avait décrit comme « une ville très grande et fait les 400 feux. Ses murailles sont splendides et extrêmement fortes, construites en grosses pierres. Elle possède de belles maisons et des marchés bien ordonnés dans lesquels chaque profession a son emplacement particulier. On y trouve aussi bon nombre d’hôtelleries et d’études. Entre autres édifices, on y remarque un superbe temple très grand placé sur le bord de la mer et devant ce temple une très belle esplanade aménagée sur la muraille même de la ville, au pied de laquelle viennent frapper les vagues ». Comme chez les mozabites, il est de coutume que « les bonnes mœurs valent mieux que la science et que le bien commun passe avant le bien individuel », les autorités locales de la ville de Ghardaïa, en préparation de l’application du programme d’embellissement urbain conformément au principe : « Pour une vie meilleure », ont mis en application la réalisation d’un réseau d’assainissement adéquat et l’amélioration des conditions d’accueil de la ville. C’est ainsi qu’en matière de revêtement de certaines artères du centre-ville de Ghardaïa, les autorités locales ont décidé de regoudronner certaines artères déjà bitumées ; action qui n’est pas du goût de certains citoyens qui constatent avec curiosité et étonnement un déséquilibre entre les quartiers de la même ville en matière d’aménagements de voiries ! Allusion faite aux voiries des anciens quartiers de la ville de Ghardaïa, qui n’ont pas senti, à ce jour, l’odeur du bitume, comme si certains responsables locaux de cette ville mythique et touristique se plaisent de s’adonner à la pratique de la politique de deux poids, deux mesures. Lors de sa tournée d’inspection dans huit chantiers à Alger, en juin 2006, notre ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme avait insisté sur la qualité et l’esthétique dans la réalisation des projets, tout en estimant qu’il faut élever le niveau de conception en allant vers le haut, sinon nous allons tout droit vers la médiocrité. Si notre ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme fait souvenir des constats et des remarques amers, lors de ses sorties sur le terrain, dans le but d’améliorer le résultat des réalisations des projets de logements, notre ministre des Travaux publics lance souvent des mises en gardes pour veiller sur la qualité des projets routiers, au point d’exhorter les responsables, en charge de la réalisation, de tenir compte également du dossier environnemental car il a décidé de mener une guerre sans merci à la médiocrité et à la négligence dans la réalisation des projets d’aménagement.. C’est parce que nos autorités locales persistent à ne pas mettre au profit de leurs circonscriptions administratives les compétences algériennes spécialisées en aménagement urbain, à l’instar de ceux qui ont fait la nouvelle ville de Aïn Témouchent, que la médiocrité et la négligence ont dominé nos aménagements et nos réalisations des milieux urbains, au point que certains de nos ministres n’arrêtent pas de faire des remarques ou de donner des mises en gardes et que notre président de la République en fasse un constat amer. Aujourd’hui, que nos villes ont perdu leur architecture et que nos projets urbains sont devenus de moins en moins durables, le devenir de nos milieux urbains est un thème qui a autant de points de réflexion, aussi bien pour nos pouvoirs publics, nos dirigeants politiques, nos spécialistes en aménagement urbain, ainsi que pour le simple citoyen directement impliqué dans la transformation de son environnement urbain, car nos projets urbains actuels ont le mérite de dévoiler les limites des démarches polytechniciennes existantes de la profession d’architecte et d’urbanisme, qui sont arnaqués par des charlatans de tout bord et qui réussissent à induire en erreur, par leur égoïsme et autorité, tous les maîtres d’ouvrage, tous les pouvoirs publics et même le citoyen algérien. Puisque aujourd’hui, le constat de nos milieux urbains est amer, la question qui reste sans réponse pour nos responsables est de savoir comment faire pour réussir à rendre nos milieux urbains conformes aux normes des villes modernes et instaurer un cadre de vie meilleur pour nos citoyens ? C’est par le diagnostic de la nature de notre système d’aménagement urbain actuel que nous seront amenés à bien comprendre les causes qui paralysent nos milieux urbains et les raisons de la panne d’idées de nos responsables, chargés de la gestion des villes et de l’amélioration de nos milieux urbains.

Changements fantaisistes

Comme les méthodes de travail et l’expérience de nos architectes et urbanistes, depuis l’indépendance, n’ont pas pu réussir la continuité paysagère de nos villes et la réussir de l’amélioration du cadre de vie de nos citoyens au sein de leurs agglomérations urbaines, sauf à la nouvelle ville de Aïn Témouchent, devons-nous faire appel aux spécialistes étrangers pour les études et la réalisation des projets d’aménagement urbain, ou faut-il rechercher et exploiter sérieusement les compétences professionnelles algériennes existantes et spécialisées en matière d’aménagements paysagers des milieux urbains ? Après quarante-quatre ans d’efforts sans résultat en Algérie en matière d’aménagement urbain, nos responsables de projets doivent s’opposer fermement au bâclage des études, tout en refusant catégoriquement le moindre changement fantaisiste des études d’aménagement définitivement ficelés et bon pour exécution, quels que soient les fantasmes superficiels des personnes aussi influentes et autoritaires soient-elles, dans les rangs de l’administration ou ailleurs car nos milieux urbains ont besoin, aujourd’hui, de compétences algériennes détentrices de solutions d’aménagement de nos villes et villages, capables de travailler dans la transparence et le respect des lois en vigueur, comme celle qu’a réussi Aïn Témouchent, où le savoir-faire d’une équipe algérienne composée d’architectes, d’urbanistes et d’un architecte paysagiste, a fait montrer le miracle algérien, à moindre coût à une gestion bien établie et suivie par la Banque mondiale. Après Aïn Témouchent, plusieurs villes algériennes se lancent aujourd’hui dans un vaste programme d’amélioration du cadre de vie de leurs citoyens, tout en bénéficiant de moyens de collecte des ordures ménagères et d’un riche programme d’aménagement des espaces verts et des places urbaines. Ces opérations d’embellissement de nos grandes villes, qui vont coûter cher aux contribuables, pourront résoudre la complexité de nos grandes agglomérations urbaines et leur rendre leur beauté d’antan, que si les pratiques d’aménagements sont l’œuvre d’une équipe de compétences et expérimentée, car cette fois-ci, Il n’y aura plus l’appui des spécialistes de la Banque mondiale. Selon un rapport de la direction de l’environnement de la wilaya de Blida, les 47 espaces verts qui s’étalent sur une superficie de 79 232 m2 ne cessent de se dégrader pour cause d’absence d’entretien, de gardiennage et de manque de civisme des citoyens. Et selon les révélations d’un conseiller au ministère de l’Environnement et de l’Aménagement du territoire, la norme algérienne des espaces verts n’est que de 1% par rapport à l’espace urbain, alors qu’en Tunisie elle est de 12% et qu’au niveau mondial, elle est généralement de 10%. Si aujourd’hui, seulement 1% d’espace vert meuble notre cadre de vie en milieu urbain, à l’aube de l’indépendance et jusqu’au début des années 1980, l’Algérien était fier de la qualité de son cadre de vie, parce que notre pays continuait à se gérer avec un savoir-faire de responsables disciplinés et amoureux de leur travail et de leur pays, même s’ils n’avaient hérité du temps de la présence coloniale, que la considération des aménagements paysagers et des espaces verts en milieux urbains, comme partie prenante de l’amélioration du cadre de vie des citoyens et que les collectivités locales continuaient à perpétuer la tradition de faire de l’architecte paysagiste, un maître d’œuvre dans le processus des aménagements paysagers en milieu urbain et du jardinier un acteur primordial dans la réussite de la longévité des aménagements d’espaces verts. A la fin du XIXe siècle dans les grandes cités européennes, les élites admettaient que le développement des villes ne pouvait être laissé au hasard et que pour parer aux conséquences parfois désastreuses de ce développement, il fallait contrôler l’aspect paysager car longtemps considéré comme un point de vue sur la nature qui s’offre à l’observateur, le paysage est maintenant devenu le point sensible des milieux urbains occidentaux car toute beauté est fondée sur les lois des formes naturelles et que l’architecture d’une ville est d’émouvoir et non d’offrir un simple service au corps de l’homme. Il est temps pour nous, aujourd’hui, de réfléchir à mettre en place les conditions adéquates, comme demandées par les recommandations de notre président de la République, lors de la rencontre gouvernement-walis, qui changeront nos mentalités et nos manières d’imaginer les raisons de vivre ensemble, sans céder a l’individualisme économique, car par l’application d’un nouveau système urbain adapté à nos traditions historiques et urbanistiques, on fera contrer à court terme la dégradation de l’environnement, du paysage, du tissu et des infrastructures urbaines, tout en donnant à nos citoyens un cadre de vie urbain amélioré, en plus d’une qualité de vie quotidienne, car nos milieux urbains sont notre seul refuge en Algérie et notre milieu de vie de quotidien. Même si l’Algérie qui est riche en potentialités et que ses caisses sont pleines d’argent, nos milieux urbains se trouvent, aujourd’hui, dans une situation d’impasse et avec un futur incertain dans le cadre de l’amélioration des conditions de vie des citoyens car toutes les politiques suivies, jusqu’à maintenant, pour la réussite de l’amélioration urbaine et la gestion des milieux urbaines sont avec des résultats d’échec, à l’exception de la nouvelle ville de Aïn Témouchent, et cela par cause d’une incompétence en matière d’aménagements urbains qui perdure collé à leurs postes, faisant fuir vers des horizons lointaines, toute compétence algérienne spécialisée et qui est venu travailler avec honneur, dignité et étique dans son pays, pour mieux améliorer le cadre de vie de leurs citoyens en milieux urbains. Dans notre pays, le premier souci de nos autorités locales autoproclamées est souvent d’empêcher nos compétences, en matière d’amélioration du cadre de vie des citoyens en milieux urbains, de construire des villes authentiques qui rendront à nos agglomérations urbaines leurs places d’antan et de donner à notre peuple l’espoir de renouer avec l’avenir de l’humanité. Ces mêmes responsables locaux n’apparaissent pour améliorer nos milieux urbains uniquement lors de la visite du président de la République, où tous les moyens matériels et humains sont mis à la disposition de la réhabilitation des failles des grandes artères de la ville, juste le temps d’une visite présidentielle.

L’auteur est :Architecte paysagiste, Lakhdaria. ( A suivre)

 

Par Meziane Abdellah

Source : http://www.elwatan.com

 

Tags : debat
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