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 Centre Culturel (Plans, coupes, façades)

20/4/2009

Centre Culturel de Changsha, projet biomorphique signé Hervé Tordjman

La fortune sourit aux audacieux, dit-on. L'architecte-Ingénieur Hervé Tordjman ne manque pas d'audace comme en témoigne de nouveau ce projet d'un "bâtiment biomorphique" destiné à réunir trois institutions culturelles à Changsha, en Chine. C'est le fond – le travail urbain sur un site difficile – au moins autant que la forme qui séduit ses interlocuteurs. Découverte.

centre culturel

La Chine continue cependant d'occuper les journées de l'agence. En témoigne le projet de Centre culturel de Changsha, qu'il nous présente ci-dessous, et pour lequel il est finaliste. Un mot sur le contexte auparavant. Changsha est la capitale du Hunan, une ville industrielle qui, comme tant d'autres en Chine, est engagée dans un vaste programme de restructuration urbaine. Un premier concours pour la conception d'un opéra, d'une bibliothèque et d'un musée sur un site difficile et inondable de la ville, s'est révélé infructueux. Invité à concourir, Hervé Tordjman, a fait le pari de rassembler ces trois bâtiments sous un dôme posé sur un lac artificiel, ce qu'il appelle "un projet identifiable et unifiant, une ville dans la ville". Si le projet est surdimensionné, c'est justement parce qu'il permet ainsi dans les coutures d'y inscrire de nouveaux espaces commerciaux et donc de rentabiliser le projet, un argument qui n'a pas laissé insensibles les Chinois. Si il est à ce jour incertain de le voir jamais construit – "mais, tout est possible en Chine", remarque-t-il - ce travail correspond surtout à la volonté de l'architecte de développer des thématiques – le bâtiment biomorphique en est une -, de procéder à des expérimentations et, surtout, d'affirmer sa présence sur le marché chinois.

Centre culturel

Le texte ci-dessous – extraits du texte conceptuel de la phase concours – a été rédigé par Hervé Tordjman
Nous venons tous de quelque part, notre naissance à une cause à jamais inscrite dans notre patrimoine … Changsha, est née de sa rivière, et le site que nous explorons en exprime cette spécificité primale… Situé au milieu du delta du Xinhé, il évoque aujourd’hui une extrémité urbaine sans orientation, un territoire de friche, un domaine de l’extrême, propre à reconditionner le devenir urbain de la ville alentour. C’est dans cette politique de restructuration spatiale de grande ampleur, que notre centre culturel doit émerger. Ici la logique doit être inclusive, c’est-à-dire que l’élément majeur, la rivière doit s’imposer comme le facteur identitaire du devenir urbain, le fil d’Ariane par lequel la toile urbaine de Changsha doit se retisser.

interieur

Dans ce contexte, le remodelage du site s’impose. Si le bâtiment ne peut se poser sur la rivière, ce sera donc la rivière qui glissera sous le bâtiment. L’option retenue consiste à effacer l’extrémité du site pour y intégrer un lac artificiel en suspension sur la berge et de concentrer l’ensemble des fonctions du complexe en un unique élément architectural, véritable repère contemporain désignant la nouvelle centralité du lieu.

Plan

Le lac ainsi formé devient le socle qui supporte le centre culturel, configurant le site en une baie circulaire et le bâtiment en une île artificielle posée en son centre, prenant l’apparence d’un dôme monumental. Le reste de ce territoire s’aménage en plateaux rayonnants autour du lac qui guident le visiteur vers des digues protectrices aménagées sur le pourtour du terrain. Ces digues se prolongent en jetées, objet de mémoire du lieu, qui marquent l’ancien contour du site. Les plateaux en gradins, forment un podium végétal et minéral, qui ouvre sa perspective sur la totalité du complexe.
u premier regard le dôme affiche son ampleur et sa démesure tout en exprimant sa simplicité formelle. Dès le premier contact, le complexe s’affirme comme un lieu de mémoire et d’émotion, fait de certitudes, d’incertitudes, d’évocations et de mystères. Sa peau, couverte de tuiles d’aluminium, apparaît lisse et brillante, miroitant à chaque rayon de lumière qui l’effleure.

Sa surface, marquée par trois perforations biomorphiques, elliptiques et vitrées, lui donne l’apparence d’un organisme vivant, et mutant. L’architecture évoque alors, une structure embryonnaire au moment de sa toute première subdivision cellulaire. Le dôme ainsi posé sur son socle aquatique paraît infranchissable. C’est par une perforation dans ce socle que l’accès se fait. Le visiteur est alors guidé dans un couloir, passant sous le lac artificiel, véritable cordon ombilical, qui le mène à l’intérieur du dôme. Ici l’univers est indéfinissable, situé aux confins du réel et de l’imaginaire, le visiteur se retrouve plongé dans un univers apaisant et protecteur, comme s’il avait franchi l’enveloppe placentaire qui jadis l’avait porté à la vie. C’est par ce parcours, évoquant le retour au ventre maternel, que le visiteur découvre l’intérieur du dôme.

Les fonctions internes, sont ainsi unifiées par une paroi rouge constituée par la peau intérieure du bâtiment. Le sol, en béton enduit blanc, lisse et laiteux, est réfléchissant et participe à la mise en scène du lieu, tandis que les parois sont recouvertes de marquages signalétiques et interactifs qui s’apparentent à des terminaisons nerveuses.

Plan masse

Dès l’entrée, la perception de l’espace apparaît dans sa totalité, et les accès aux différentes fonctions du complexe sont immédiatement identifiables par les réseaux de passerelles, de coursives et de circulations verticales qui s’articulent dans l’espace.

L’Opéra, la Bibliothèque et le Musée apparaissent comme trois bâtiments clairement indépendants, dont les fonctions, les ambiances, et la vie qu’ils renferment sont sans interactions les uns par rapport aux autres. Le complexe s’apparente alors à un microcosme urbain fait de rues, de places, d’immeubles, à un objet fractal, englobé et englobant.

Les trois fonctions que le dôme accueille apparaissent alors comme d’immenses cellules clonées et indépendantes entourées d’une membrane protectrice, constituée par une résille métallique. Chaque cellule, est elle-même constituée de peaux successives, protégeant les espaces intérieurs et ses visiteurs et offrant à ceux, restés à l’extérieur, un spectacle de silhouettes erratiques, déambulant en ombres chinoises puis disparaissant.

Façades

Chaque fonction, a une scénographie qui lui est adaptée. Le musée, lieu de la mémoire des hommes se déroule en un espace blanc et neutre, dont les plateaux libres, s’aménagent de cloisons amovibles pour recevoir les expositions permanentes et temporaires, classées par périodes et par thèmes. Ici la lumière naturelle est savamment guidée pour offrir aux œuvres exposées les rayons du soleil indispensables à leur résonance.

Les coupes
La bibliothèque, est au contraire traitée en zone spécifique : consultations, salles de travail en groupes ou individuels, médiathèque, etc.…Ici les étages et les sections de plateaux permettent de naviguer de manière thématique, par un jeu de signalétique interne et colorée. Ce territoire de l’écrit, propre à l’histoire de l’humanité, se déroule comme une espace cérébral, autour d’un zoning spécifique, aux combinatoires à la fois uniques et multiples.

Enfin l’Opéra prend ici toute son ampleur. Traité comme un véritable complexe de spectacles, il rassemble dans son enveloppe trois salles distinctes, chacune consacrée aux arts du spectacle. De part et d’autres de la salle centrale, on y trouve une salle de concert modulable aux ambiances noires et métalliques et une salle de théâtre et de congrès, habillée de panneaux acoustiques blancs et de boiseries. Au centre, la grande salle apparaît majestueuse. Lieu de l’Opéra et du lyrique, elle se déploie à la fois classique et moderne, s’offrant vêtue de velours rouge pour mieux étreindre les émotions sonores, les capturer sous les feux des projecteurs et les conserver intactes dans leur éternité.

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Le soir venu, le complexe, nouveau cœur urbain, se met à battre aux pulsations de Changsha, tandis que les spectateurs sortant de l’opéra, apercevant de l’intérieur du dôme le scintillement des lumières de la ville, renaissent de cette enceinte où la mémoire des hommes rejoint l’éternité pour raconter la vie.







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